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Veja met la gomme
La marque de baskets écologiques issues du commerce équitable vient de sortir sa nouvelle collection pour l’automne-hiver 2007. Le concept : une chaussure dont la semelle en caoutchouc permet de valoriser économiquement la forêt amazonienne. Comment est-ce possible ? Sébastien Kopp, co-fondateur de Veja [1] l’explique à Planète Terra.

Quelle est la particularité de cette nouvelle collection ?

D’une part, c’est une chaussure plus robuste, un modèle plus adapté pour l’hiver que de simples tennis en toile. D’autre part, la Grama est confectionnée avec une semelle qui utilise beaucoup plus de caoutchouc. Cela nous permet d’acheter des volumes plus importants aux saigneurs d’arbres à caoutchouc d’Amazonie, les seringueiros en portugais. Ce sont eux qui récoltent le lait de latex, la sève des arbres hévéas. Pour les collections précédentes, on leur achetait 5 à 10 tonnes par an. Si la Grama marche bien, ce volume pourrait doubler. Et en augmentant la part de caoutchouc dans la semelle de nos chaussures, on a un impact plus fort sur la préservation de la forêt amazonienne.

Comment la production de chaussures avec du caoutchouc naturel participe-t-elle à la préservation de la forêt amazonienne ?

Les seringueiros vivent en harmonie avec la forêt depuis toujours. Ils utilisent ce que leur offre ce milieu et ne manquent de rien. Mais aujourd’hui, certains se demandent s’ils n’auraient pas davantage à gagner économiquement à acheter des animaux, déboiser et exploiter leurs terres. Et le problème, c’est que beaucoup sont tentés par cette solution. Alors en leur proposant d’acheter le caoutchouc 60 % au dessus du prix du marché mondial, on leur permet de gagner plus de l’exploitation des hévéas, de vivre mieux et à la façon de leurs ancêtres, c’est-à-dire en harmonie avec la forêt. Comme un seringueiro peut récolter 500 kg par an, utiliser plus de caoutchouc permet, au niveau local, de faire bosser plus de monde. Et cela crée une dynamique forte dans la région.

En quoi ce caoutchouc est-il écologique ?

Exploiter les hévéas de la forêt amazonienne, c’est produire du caoutchouc de façon totalement naturelle. Les seringueiros récoltent le lait de latex des forêts natives d’Amazonie, seule région au monde où les arbres à caoutchouc poussent à l’état naturel. Le caoutchouc naturel industriel, qui couvre 80 % du marché mondial, est au contraire tiré d’immenses exploitations de champs d’hévéas. Par ailleurs, le caoutchouc que nous utilisons est de meilleure qualité et plus facile à recycler. Malheureusement, le recyclage des chaussures est encore un point faible de Veja. Mais nous y travaillons.

Le prix d’une paire de Veja Grama est élevé (100 euros). Comment convaincre le consommateur ?

Je ne suis pas d’accord avec vous. Les Veja ne sont pas si chères que ça. Il faut comparer ce qui est comparable. Pour moi une chaussure chère, c’est une chaussure dont la marge est gonflée. Dans le schéma classique, les coûts de production sont pressés et les frais de marketing et de publicité prennent des proportions extrêmes. C’est un système qui marche sur la tête. La Veja Grama revient, elle, 20 à 22 euros à la sortie de l’usine. Produite en Chine avec des matériaux conventionnels, elle couteraît environ 7 à 8 fois moins cher. Mais nous payons la production à son coût réel, c’est-à-dire à un prix juste pour le producteur et tout au long de la filière.

Ce qui reste, c’est le transport, la douane, les frais de fonctionnement, la marge magasin et la TVA. Veja marge de façon normale et décente sur chaque produit, le taux de marge fait partie intégrante du commerce équitable. Et puis nous ne produisons que sur commande, ce qui nous permet de ne pas avoir de stocks. Et comme nous n’achetons pas d’espaces publicitaires et que nous ne faisons pas de marketing, on se retrouve sur les mêmes prix que les grandes marques.

LES SOURCES DE CET ARTICLE : Entretien avec Sébastien Kopp, co-fondateur de Veja

Notes

[1] La société, créée en 2004, pose la première basket écolo en magasin en 2005. 30 000 paires de la dernière collection ont été vendues. Chiffre d’affaires 2006 : un million d’euros.

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