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Trois questions à ... Stéphane Le Borgne, président d’Artisans du Monde
Artisans du Monde est un réseau de distribution de produits équitables associatif et militant. ADM compte 167 magasins pour un chiffre d’affaires de 10,5 millions d’euros en 2006.

Pourquoi pensez-vous que les produits du commerce équitable ne doivent pas être distribués par les grandes surfaces ?

C’est un choix de stratégie. Nous fonctionnons dans un système de filière intégrée, c’est-à-dire un système équilibré du producteur au distributeur en passant par les importateurs. Nous croyons que distribuer des produits équitables dans des structures qui proposent également des produits non équitables n’est pas cohérent avec ce type de fonctionnement. La grande distribution fait pression sur ses fournisseurs pour dégager des plus-values et valoriser ses bénéfices. C’est tout à fait le contraire de l’esprit du commerce équitable.

Les marques ou labels distribués en grandes surfaces prétendent que c’est le seul moyen pour le commerce équitable de se développer. Que leur répondez-vous ?

Ce sont deux stratégies différentes. Il n’y a pas un modèle à bannir à tout prix. Nous avons fait ce choix. C’est vrai qu’à court terme, la grande distribution peut permettre au commerce équitable de se développer. Mais qu’est-ce qui garantit que lorsque les grandes surfaces n’auront plus besoin du commerce équitable pour améliorer leur image, elles ne recommenceront pas à presser les prix ? Nous voulons rééquilibrer le commerce international. Distribuer nos produits en grandes surfaces irait à l’encontre de cet objectif.

Mais la grande distribution donne accès à la consommation de masse. Comment comptez-vous aller chercher les consommateurs ?

En modernisant et en développant notre réseau, pour constituer une véritable alternative à la grande distribution. Artisans du Monde compte aujourd’hui 167 magasins spécialisés (contre 85 en 2000, ndlr) partout en France. Et l’ouverture des points de vente s’est accélérée depuis dix ans. Nos produits sont également distribués dans les 300 magasins Biocoop. Nous développons aussi une offre de produits plus large. Notre force, c’est l’artisanat. Nous avons plus de 1000 références de produits d’art de la table, de décoration, des jouets, du textile en plus des 120 produits alimentaires.


- Selon Tristan Lecomte, pédégé d’Alter Eco, "il faut passer par la grande distribution parce que c’est là que tout le monde fait ses courses. C’est le meilleur moyen pour que le commerce équitable se développe. Mais je trouve bien qu’il y ait un débat. Il est important d’éviter la "marchandisation" du mouvement. Le commerce équitable doit rester un mouvement citoyen."

- Les produits du commerce équitable ont posé leurs premières boîtes dans les gondoles de la grande distribution il y a presque dix ans. Depuis, le rayon éthique des supermarchés n’a cessé de s’étendre. Mais la communauté du commerce équitable reste divisée.

(Crédit photo : Alter Eco)

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1 Message

  • "Qu’est-ce qui garantit que lorsque les grandes surfaces n’auront plus besoin du commerce équitable pour améliorer leur image, elles ne recommenceront pas à presser les prix ?"

    Deux éléments de réponse :

    - Les grandes surfaces auront de plus en plus besoin des produits équitables quand de plus en plus de consommateurs les achèteront. Si elles ont ouvert leurs rayons à ces produits, c’est qu’elles ont senti qu’il y avait une demande. Au final, c’est au consommateur de décider.

    - Ce sont les standards du commerce équitable qui définissent le prix plancher en-dessous duquel les importateurs ne doivent pas payer les matières premières aux producteurs. Pas les grandes surfaces.

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