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Métropole position (2e épisode)
Fred a tout perdu. Tout son crédit de droits à polluer. Le jeune et brillant architecte découvre ce qu’est une vie sans quota de CO2. Pour s’en sortir, il doit réaliser un gros coup lors du 25e concours international de la ville durable. Bienvenue en 2078.

(Episode 1 - Ecrit en collaboration avec l’association d’architectes Et alors  ?)

(Revenir à l’épisode précédent)

Deux jours plus tard au supermégamarché ouest, entrée sud, 23 h 55.
- « Toujours en avance Fred ! »

- « On ne va pas changer les bonnes habitudes. »

- « Dire qu’il y a cinq ans, on nous prenait pour des doux dingues quand on se donnait rendez-vous aux rayons frais des grands magasins. Aujourd’hui, regarde, c’est le dernier endroit à la mode ! »

Autour d’eux, des centaines de personnes passaient et repassaient devant les immenses frigos et congélateurs. En quête d’une autre fraîcheur que celle des ventilos et des climatiseurs de bureau. Tout se mangeait frais désormais. Le poisson en sushi, la viande en carpaccio, les pizzas en gâteaux secs, le café frappé, les soupes en glaçons… Toujours à l’affût de nouveaux clients, les marques de yaourts et de fromages avaient installé des zones de dégustation. ça mangeait, ça chahutait, ça jouait aux cartes. Le supermarché avait même été contraint d’instaurer des sens de circulation. Et avait dû embaucher des vigiles pour assurer la déambulation de tout ce monde.

C’est que dans les rayons, on marchait au pas. On s’arrêtait de longues minutes devant chaque promotion, chaque produit. Faire ses courses était devenu un vrai cassetête. La calculette était indispensable, car à l’addition des prix s’ajoutait désormais celle des kilos de CO2. Pour soulager la ménagère de moins de 90 ans, les gérants de supermégamarchés ne lésinaient pourtant pas sur la technologie. Les chariots dernier cri énonçaient ainsi le montant des achats et leur bilan carbone au fur et à mesure que les clients y déposaient leurs produits.

- « Alors Marc, as-tu réussi à percer le mystère de la carte CO2 ? »

- « Informatiquement, oui. Mais je ne désespère pas de t’en récupérer une par un autre biais. Je suis entré en contact sur le Net avec un fournisseur de fausses cartes dotées de vrais crédits CO2. »

- « Comment fait-il ? »

- « Eh bien, tu vois tous ces réfugiés climatiques qui ont débarqué ces derniers mois, faute de place dans les camps d’Europe du nord ? »

- « Oui, bien sûr, difficile de les manquer. Ils se déplacent en groupes. »

- « Depuis l’accord de l’organisation des Nations unies de 2020, ils bénéficient d’une “ prime ” de CO2 en dédommagement de leurs déménagements contraints. Mais la plupart du temps, ils n’en ont que faire et préfèrent l’échanger contre un faux passeport qui ne mentionne pas leur statut de réfugié. »

- « Je ne comprends pas, ce statut les protège pourtant juridiquement et financièrement  ? »

- « A l’origine, oui. Mais avec le temps, ce passeport les a surtout stigmatisés. Ils se sentent discriminés, exclus. »
- « Donc, je vais avoir une carte avec un bonus CO2 “ emprunté ” à un réfugié climatique. ça me dégoûte. »

- « A court terme, c’est la seule solution que je puisse te proposer, car sur le plan informatique, le système est trop verrouillé. Ils ont retenu la leçon du fiasco de la précédente carte, qui avait été piratée en quelques semaines. Du coup, celle-ci a été élaborée avec les conseils des meilleurs hackers du monde. »

(Lire le prochain épisode)


Participez vous aussi à l’écriture de cette nouvelle ! A vos plumes !

Ecrivez à : karen.bastien@terra-economica.info

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