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Le pôle fond, les routes s’ouvrent
La fonte record de la banquise du pôle nord cet été déchaine les passions. Changement climatique et menace des espèces contre ouverture de nouvelles routes maritimes : il va falloir choisir.

La nouvelle peut paraître alarmante : le NSIDC, Centre américain de surveillance des glaces, a constaté au début du mois que, pour la première fois, la banquise arctique avait reculé au point de permettre la navigation libre autour du pôle. Elle s’étendait sur 4,85 millions de km2 le 3 septembre dernier, soit 2 millions de km2 de moins que la moyenne à cette date entre 1979 et 2000. Panique à bord ! Tous à vos bouées !

"Nul besoin de craindre une montée des eaux", prévient toutefois Thierry Touchais, directeur exécutif de la Fondation polaire internationale (IPF). La fonte de la banquise, contrairement à celle des glaciers, n’entraine en effet aucune hausse du niveau de la mer, selon lui. Il s’agit d’eau déjà présente dans l’océan sous forme de glace. Mettez un glaçon dans un verre et laissez-le fondre, l’expérience parle d’elle-même. Mais comme le fait remarquer Hervé Le Treut, spécialiste du climat pour le CNRS et l’Ecole Polytechnique, "les pôles sont les sentinelles du climat". Et cette fonte est bien symptomatique d’un réchauffement global de la planète.

Le GIEC (Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat) avertit de son côté que les premières estimations de disparition de la banquise prévues pour 2050 pourraient intervenir en 2025, au rythme d’une diminution moyenne de la surface de la banquise arctique de 7% par an en moyenne. "Un phénomène auto-entretenu", explique Thierry Touchais. Car la glace réfléchit 90% des rayonnements solaires, contre 40% pour l’eau. Donc plus la glace disparait, plus le réchauffement s’accélère.

Si la fonte ne haussera pas, ou très peu, le niveaux des eaux, elle provoquera d’autres désagréments. Notamment la très médiatisée disparition des ours blancs, obligés d’émigrer ou de céder la place à mesure que leur terrain de chasse rétrécit. Mais est-ce là le plus important ? Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se réjouissent de cette diminution estivale de la banquise. Au premier rang desquels se trouvent les pays frontaliers du pôle : Canada, Russie, États-Unis. Car une libération des eaux signifie une ouverture de nouvelles voies navigables, et donc une diminution de 20 à 30% des trajets commerciaux dans la zone.

Accès difficile

De plus, certaines estimations de l’Institut français du pétrole, jugées quelque peu fantaisistes par la communauté scientifique, évaluent à 25% des réserves mondiales les gisements pétroliers et gaziers du cercle polaire. La disparition de la banquise permettrait ainsi l’exploitation de nouvelles nappes autrefois inaccessibles. L’événement a un petit arrière goût de cynisme : profiter du changement climatique pour atteindre de nouveaux puits d’hydrocarbure.

Le lien entre l’activité humaine et cet exceptionnel retrait de la calotte glaciaire est toutefois difficile à établir. "Le manque de recul historique pourrait masquer une variation saisonnière extrême plutôt que le véritable impact durable des gaz à effet de serre", renchérit Thierry Touchais. Quoi qu’il en soit, la zone restera difficile d’accès, car les conditions climatiques restent hostiles et l’exploitation se révèlera probablement très coûteuse.

La solution ? Attendre. Modifier nos habitudes de consommation, encore et toujours, pour espérer voir la tendance s’inverser dans les prochaines décennies. Mais la lorgnette est aujourd’hui bien trop courte pour anticiper avec justesse les véritables conséquences de la fonte.

LES SOURCES DE CET ARTICLE :


- L’article sur Médiapart.

- Le site du NSIDC

- Les news de la Fondation polaire internationale

À lire aussi sur Terra Economica :

- La bataille de l’Arctique a commencé

- Petit abécédaire d’une révolution climatique

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2 Messages de forum

  • Le pôle fond, les routes s’ouvrent

    12 septembre 14:31, par Guillaume Blanc

    "Nul besoin de craindre une montée des eaux", prévient toutefois Thierry Touchais, directeur exécutif de la Fondation polaire internationale (IPF). La fonte de la banquise, contrairement à celle des glaciers, n’entraine en effet aucune hausse du niveau de la mer, selon lui.

    Ce n’est pas selon M. Touchais que la fonte de la banquise ne provoquera pas de montée des eaux, mais selon le principe d’Archimède : la banquise flotte car la glace est moins dense que l’eau, et le volume de glace qui se transforme en eau en fondant est exactement égal au volume de la glace immergée. Donc, pas de crainte à avoir de ce côté-la.

    Si la fonte ne haussera pas, ou très peu...

    Même remarque, la fonte de haussera pas le niveau des mers. Seule la glace continentale (Groenland, Antarctique, glaciers de montagne...), qui ne flotte pas, entraîne un ajout dans les océans, donc une montée du niveau.

    Répondre à ce message

    • Le pôle fond, les routes s’ouvrent 12 septembre 14:39, par Etienne Burkel
      En effet, Guillaume, merci de rendre à Archimède ce qui lui revient. J’ai en effet précisé, très anecdotiquement en début de papier, que le problème de fonte des glaciers n’entraine pas les mêmes conséquences. Cependant, une font de la banquise peut créer, comme suggéré par la deuxième citation que vous relevez, une très légère (donc négligeable) hausse du niveau de la mer en raison du réchauffement de l’eau, par effet de dilatation.

      Répondre à ce message


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