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Le milliard européen pour l’agriculture africaine
La Commission européenne vient de puiser dans ses surplus de la PAC pour venir en aide à l’Afrique. Et pour l’occasion, Bono et Geldof ont joué les maîtres de cérémonie.

L’annonce faite hier à New York a pris des allures de gala de charité. Bono, le chanteur du groupe U2, Bob Geldof, musicien et producteur irlandais, et l’ONG One ont annoncé leur soutien à la déclaration de José Manuel Barroso. Le président de la Commission européenne s’apprête à faire une donation de 1,5 milliard de dollars (1 milliard d’euros environ) à destination de pays africains aux ressources alimentaires insuffisantes. La somme devrait servir à acheter des engrais et des semences agricoles. Le but officiel de la mesure est d’aider les pays les moins avancés à atteindre certains des fameux Objectifs du Millénaire. Établis en 2000, ces huit objectifs portent principalement sur l’alphabétisation, la santé et l’alimentation. Il s’agit d’atteindre des buts chiffrés à l’horizon 2015. L’année 2008 marque l’étape de mi-parcours de ce marathon contre le "sous-développement".

Un fonctionnement opaque

La grasse enveloppe de la Commission serait en fait plus mince qu’il n’y parait. Le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) parle en réalité d’un chiffre plus proche de 850 millions d’euros. Son chargé de mission sur la souveraineté alimentaire, Ambroise Mazal, ajoute d’ailleurs qu’il ne s’agit que d’un "coup de pub". L’argent viendra de surplus de la Politique Agricole Commune (PAC) et ira... on ne sait où. Quels pays ? Quelles institutions ? Mystère.

Une telle offre aux pays africains se traduira par des "tensions sur le marché des entrants, qui vont hausser les prix", explique encore Ambroise Mazal. Les agriculteurs qui ne bénéficieront pas de l’aide vont donc voir leurs coûts augmenter, accroissant encore leurs difficultés financières. Pire encore, rien n’a été décidé pour prolonger cette donation les années suivantes. Les récipiendaires se retrouveront donc rapidement dans la même situation que les autres exploitants : au même point qu’auparavant, avec des prix plus élevés.

Des échéances aberrantes

Aberration financière, flash médiatique, cette action "one shot" (litt. un coup) n’est même pas en conformité avec la Déclaration de Paris de l’OCDE, signée en mars 2005, qui demande un suivi durable de l’aide. Les pays candidats doivent en outre présenter des projets clairs... avant le 20 décembre. Dans un délai si court, seuls les États les plus avancés peuvent proposer un plan viable et constructif. "Les autres pays vont ressortir à la va-vite de vieux plans d’ajustement du FMI et de la Banque mondiale, qui attribuent toute l’aide aux grande cultures d’exportation au lieu d’aider les petites exploitations familiales et vivrières", s’insurge Ambroise Mazal.

Paradoxalement, ce sont donc ceux qui en ont le moins besoin qui risquent de profiter de cette donation.

Un transfert controversé

Enfin, le procédé de recherche des fonds est très controversé. La Commission déshabille Pierre pour habiller Paul. Les surplus de la PAC, dont se satisferaient bien volontiers des pays en difficulté agricole comme la Roumanie, vont partir en Afrique. Créant au passage un conflit au sein de l’Union accusée de détourner l’aide à la coopération.

"Il est nécessaire de mettre en place des canaux durables et réguliers d’aide spécifique", conclue Ambroise Mazal, "et de faire enfin respecter l’engagement des membres de l’Union de verser 0,7% de leur PIB annuel à l’aide internationale".

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