Le covoiturage vrombit sa colère
Pas de sous pour le covoiturage. Le projet de loi du Grenelle 1, voté ce 21 octobre, n’évoque que très anecdotiquement une pratique, pourtant prisée par les Français. Les associations s’insurgent.

Les adeptes du partage de véhicule - aussi appelés "carpooling" - se sentent oubliés. Les associations attendaient un effort des députés. Mais le projet de loi du Grenelle 1 reste très flou sur le sujet. "Le covoiturage va dans le même sens que le Grenelle, mais n’a même pas été évoqué dans les débats", s’insurge Frédéric Mazzella. Si on se penche sur le texte voté ce 21 octobre, il apparaît à l’alinéa I de l’article 12 : dans le but de "réduire les émissions de gaz à effet de serre, les pollutions et les nuisances, [...] l’État encouragera, dans le cadre des plans de déplacements urbains, la mise en place de plans de déplacement d’entreprises, d’administrations, d’écoles ou de zones d’activité, ainsi que le développement du covoiturage, de l’auto-partage et du télétravail, de la marche et du vélo, notamment par l’adoption d’une charte des usages de la rue". Quelles formes prendront ces encouragements ? Mystère.

Un million de pratiquants en France

Reste qu’il n’est pas facile aujourd’hui de traquer le covoiturier. Les chiffres de cette alternative aux déplacements solitaires sont rares. "Il y a diverses raisons à cela, explique Frédéric Mazzella, administrateur du site covoiturage.fr et porte-parole de la récente Fédération du covoiturage, la Feduco [1]. Il s’agit d’une pratique très récente. Ensuite, il n’existe aucun acteur qui rassemble l’ensemble du covoiturage français. Les seuls recenseurs de cette pratique sont donc les sites de mise en relation, qui sont eux-mêmes loin d’accueillir tous les "carpooling addicts". Une fois qu’on a trouvé son "chauffeur partenaire" sur un site, on n’y revient pas ! "

Au final, on estime à 500 000 le nombre d’amateurs présents sur les sites, et au double, le nombre de pratiquants en France. Et on évalue à 1600 euros le gain annuel d’un covoiturier qui parcourt 15 km par jour pour se rendre sur son lieu de travail au lieu d’utiliser quotidiennement sa voiture personnelle. "La plupart des usagers le pratique plus pour des raisons financières qu’environnementales", reconnaît Frédéric Mazzella.

Pour Stéphane Kerckhove, délégué général de l’ONG Agir pour l’Environnement, l’échec de la prise en charge du covoiturage par l’État en France vient, d’abord et surtout, de la difficulté à l’organiser : "Le gouvernement devrait impulser le mouvement en démarchant les entreprises et les collectivités locales". L’ONG était intervenu en pleine polémique sur le bonus-malus. Son idée : que celui-ci s’applique non pas sur les véhicules, mais sur les pratiques de déplacement.

Le lobbying de la Feduco

Les entreprises n’ont pas attendu l’Etat pour s’y mettre. Elles multiplient les initiatives auprès de leurs salariés. Planning collectif, réseau interne, chacun communique à sa façon et rencontre le succès, comme chez Natixis, Aéroports de Paris ou Air France. L’enjeu ? Reverdir leur blason et simplifier la vie des employés. À l’étranger, l’initiative est plus répandue. Certaines autoroutes ont même créé des voies prioritaires, réservées aux véhicules transportant plus d’un passager.

A la Feduco, on garde le pied sur l’accélérateur. La Fédération du covoiturage fait actuellement pression sur les entreprises et l’État pour profiter des mêmes avantages que les usagers des transports en commun : un remboursement de 50% des frais par l’employeur. La route du lobbying est encore longue.

LES SOURCES DE CET ARTICLE :


- Le site de la Feduco

- Le site de covoiturage.fr

Notes

[1] Créée en septembre, la Feduco regroupe six acteurs du covoiturage en France, et attend des partenariats avec vingt autres organismes.

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1 Message

  • Covoiturage / auto-partage

    28 octobre 2008 14:50, par Etienne Burkel
    Chers lecteurs, suite à un échange vif de courriers entre plusieurs représentants d’associations ou de collectifs organisant le covoiturage ou l’auto-partage, et moi-même, j’ai corrigé une erreur de mon fait dans l’article sur le Grenelle, dans la section transport ( http://www.planete-terra.fr/Grenelle-1-le-Grand-bilan,880.html ). J’ai de plus peu explicité le procédé dans ce présent article. Les deux pratiques sont en effet très dissemblables. Le covoiturage consiste à proposer au propriétaire d’une voiture de payer une partie des frais de son voyage (essence, péage) en échange du transport sur le même parcourt. L’auto-partage repose davantage sur le principe de la voiture appartenant à une entreprise, un prestataire de service ou autre, à laquelle le public peut accéder grâce à un abonnement ou une location. Sur le principe des bornes de vélo en libre-service qui se développent partout en France. Toutes mes excuses pour cette erreur.

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