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Banquier fraternel
Fâché avec l’argent ? Envie de lancer un projet ? Rendez-vous à la Nef. Le capital y est éthique.

Rouge rutilant, le bus londonien sillonne les marchés du sud-ouest de la France. Pas pour le tourisme. L’Ethiket’Bus est une entreprise, un magasin itinérant. Vêtements, bibliothèque, cosmétique, épicerie : on y trouve de tout, mais pas n’importe quoi. Des produits de petits producteurs, du bio, des vêtements équitables réalisés par des artisans africains et un espace d’échanges sur la consommation éthique. Si ce projet fonctionne depuis 2004, c’est grâce à la Nef (Nouvelle économie fraternelle), une institution financière qui veut replacer l’humain au cœur de l’économie.

« Nous avons connu la Nef après des recherches sur les financements éthiques, raconte Pierre Adam, l’un des trois fondateurs de l’Ethiket’Bus. Au moment de monter notre entreprise, les banques conventionnelles n’étaient pas prêtes à suivre un projet qui n’avait aucune référence pour prouver sa viabilité. » La Nef, si. Elle sélectionne avec soin les projets professionnels et associatifs financés, qu’elle a répartis en trois secteurs : bio et énergies renouvelables, le secteur social et solidaire, et enfin la formation et la culture. Depuis un an, les prêts permettent aussi aux particuliers de financer les travaux d’habitat écologique.

« L’argent n’est pas une fin en soi, il doit servir à créer du lien entre les hommes. » Ce n’est pas un doux rêveur du plateau du Larzac qui parle, mais l’une des salariées de cette coopérative qui compte 17 000 sociétaires. La Nef existe depuis 1979, lorsque 700 membres fondateurs ont collecté leur propre épargne afin de proposer des prêts collectifs. Depuis, l’association s’est muée en institution bancaire avec l’agrément de la Banque de France. Elle ose même se faire remarquer en étant classée banque « la plus respectueuse de l’environnement » de l’Hexagone par l’ONG les Amis de la Terre.

Et peut mettre en avant sa transparence en publiant chaque année un rapport listant les prêts financés. Seul hic : elle n’est pas moins chère que les banques plus « conventionnelles ». Si les taux d’intérêt des emprunts sont dans la moyenne du marché français, c’est largement grâce à la solidarité des épargnants. « Nous parvenons à proposer des dépôts à terme rémunérés à 4 %, souligne Emilie Wietzke, responsable du bureau de Paris, mais il est clair que nos épargnants sont plus motivés par la transparence et la solidarité que par l’appât du gain ».

Publicité a minima

Devenir sociétaire de la Nef, c’est aussi une manière de changer son rapport à l’argent. « J’utilise mes ressources de manière plus responsable, puisque je sais que mon argent peut servir à des projets avec lesquels je suis en accord », témoigne ainsi Céline, sociétaire. L’année dernière, la coopérative a vu ses rangs grossir de 19 %. La banque éthique affiche par ailleurs un bilan en hausse 25 % ces deux dernières années. Pas besoin de dépenses pharaoniques en publicité, la Nef se fait connaître à travers son réseau de sociétaires ou sur des salons bio. Toujours ce besoin de créer « plus de lien » entre les individus, insiste Emilie Wietzke. « Les gens n’ont pas l’habitude de voir un banquier sur le terrain ! » Les salariés de la Nef peuvent passer jusqu’à une journée avec le demandeur du prêt pour discuter, donner des conseils. Bref, remettre de l’humain au cœur de la finance.

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